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Regards sur le Travail - Edition 18 22 avril 2016 - 27 avril 2016

Les rencontres "Regards sur le travail" alimentent en débats et en films la question du travail et de ses représentations dans le cinéma documentaire.

Souplesse toujours plus grande à l’égard des horaires et des tâches demandées, pénibilité physique, restructuration… Le travail demeure un lieu de violence, le diagnostic n’est pas neuf et a déjà été posé par les précédentes rencontres "Regards sur le travail". Au-delà de cette évidence, quelles perspectives et quelles solutions pour que l’humain reprenne sa place dans des espaces de travail conçus pour être au service de la production ?

Les directions proposent bien des réponses, mais pas sûr qu’elles n’évacuent pas la question : réaménager les locaux d’une grosse boîte pour les rendre plus cosy ("Work Hard - Play Hard"), accueillir une résidence d’artiste du compositeur Nicolas Frize chargé d’associer les salariés d’une entreprise automobile à une création musicale ("C’est quoi ce travail ?"), commander une audit sur l’organisation du travail d’un hôpital public au bord de la crise de nerf (A se brûler les ailes) …

Et les travailleurs, ils en pensent quoi ? Ce programme leur donne la parole, dans des films à l’écoute de leur expérience intime face à leur emploi. Des mots pour dire des cadences folles et la santé qui déraille dans le monde des abattoirs industriels ("Entrée du personnel"), des mots pour dire les rêves ("Dans ma tête un rond-point"), mais parfois aussi des mots pour dire la fierté du métier.

Ce week-end est aussi l’occasion de poser un regard sur le travail des réalisateurs abordant la question du travail, avec les cinéastes présents et des acteurs de terrain. Développer des ruses pour se faire accepter dans un environnement qui ne leur est a priori pas ouvert, rendre compte de la complexité des situations vécues et de l’énergie déployée par les travailleurs pour injecter de l’humain là où on demande du rendement, saisir l’essence d’un décor particulier et construire avec les personnes filmées un regard sur ce qu’elles y investissent… Autant d’approches qui seront abordées ensemble.

En bonus : la visite des abattoirs d’Anderlecht grâce à Forum Abattoir, partenaire de ces rencontres.

Partenaires

<p><a href="http://www.nova-cinema.org/" class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'>http://www.nova-cinema.org/</a></p>
<p><a href="http://www.forum-abattoir.org/" class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'>http://www.forum-abattoir.org/</a></p>

22 avril C’est quoi ce travail ? + Rencontre avec les réalisateurs C’est quoi ce travail ?
20h00 , Cinéma Nova ( Voir les accès et tarif )

C’est quoi ce travail ?

Luc Joulé, Sébastien Jousse, France, 2015

Dans l’usine automobile PSA de Saint-Ouen, Luc Joulé et Sébastien Jousse font dialoguer deux manières de travailler très opposées. D’un côté, le musicien et compositeur Nicolas Frize arpente l’espace en chasseur de rythme. Attentif aux bruits, il capte les gestes et les paroles de ceux qui les produisent ou les subissent pour faire entendre leur voix. C’est la matière de sa création musicale. Le film en suit toute l’élaboration. En parallèle, Jousse et Joulé filment dans la durée les machines, les postes, les gestes des ouvriers qui se montrent dans leur activité mécanique. Mais chacun reste habité par lui-même, grâce à ses confidences en off, qui creuse la distance salutaire. De portrait en portrait, le film avance pour finir par cette création musicale que viennent jouer dans l’usine les travailleurs qui ont donné leurs sons, leurs temps, leurs voix à la construction de cette œuvre polyphonique qui leur rend hommage. Et le film vient lui aussi faire corps avec son sujet, réalisé à plusieurs, mêlé de tous ces labeurs, de toutes ces voix. Si créer et travailler à la chaîne continuent de s’opposer radicalement, la démarche de Frize comme celle du film, mettent le travail en commun et font converger le labeur vers la création.

23 avril Masterclass : écrire un film documentaire sur le travail C’est quoi ce travail ?
18h00 , Cinéma Nova ( Voir les accès et tarif )

Jérôme le Maire : étude de cas "À se brûler les ailes"
"Partant d’un livre (« Global Burn-Out ») et de la rencontre avec son auteur Pascal Chabot, le film « A se brûler les ailes », actuellement en cours de montage, nous parle du travail et de ses excès. L’action se situe à l’Hôpital Saint-Louis, Paris Xème. Au niveau du bloc opératoire, chacune des 14 salles d’opération accomplit quotidiennement huit à dix interventions. Stress chronique, burn-out, et risques psychosociaux gangrènent le service. La direction commandite un audit sur l’organisation du travail afin de tenter de désamorcer le début d’incendie.
Durant notre rencontre, je vous parlerai des questions posées par l’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire, des recherches effectuées, des rencontres faites, et de mon immersion dans le monde du travail. Ensuite, je vous ferai part des choix opérés, de la façon dont j’ai travaillé avec mon producteur pour trouver des investisseurs (co-producteurs), et aussi de comment j’ai obtenu les autorisations de tournages pour un film sur un sujet si sensible. Enfin, je partagerai avec vous la configuration technique du tournage, la façon dont je mets en scène le réel, et, last but not least, les premières images du montage en cours."

Jérôme le Maire
Né à Liège en 1969, Jérôme le Maire est réalisateur, auteur de films multi-récompensés, tel "Le Thé ou l’Électricité" ou "Le Grand’ Tour".

La masterclass est organisée en partenariat avec la SCAM Belgique. Elle fait partie de la programmation Regards sur le Travail 2016

Work hard, play hard C’est quoi ce travail ?
21h00 , Cinéma Nova ( Voir les accès et tarif )

Work hard, play hard

Carmen Losmann, Allemagne, 2011

Pour son premier long métrage, Carmen Losmann frappe juste et fort, en composant un film en plusieurs tableaux sur les évolutions du travail dans le domaine tertiaire et les services hautement qualifiés dans nos sociétés occidentales. La séquence inaugurale s’intéresse à l’architecture, à travers l’aménagement du siège d’une multinationale basée à Hambourg où les “atriums” se succèdent aux “open spaces” et où, à part les dirigeants, plus aucun travailleur ne dispose de son propre espace de travail ou de réunion. Le film continue son exploration dans le monde du télétravail, des horaires aménagés et autres nouvelles pratiques de management avec lesquelles les entreprises cherchent à obtenir le rendement maximal de leurs employés et à les faire entrer dans la matrice d’un monde de travail total. On assiste ainsi à quelques séquences hallucinantes d’entretiens d’embauche dans un bureau de chasseurs de têtes sous-traitant les ressources humaines pour de grandes entreprises, ou encore d’une société de “team building” faisant passer des épreuves de survie à des salariés lâchés, les yeux bandés, dans la forêt... Un portrait glaçant du monde du travail d’aujourd’hui.

24 avril Entrée du personnel + Débat Abattoirs et métiers de la découpe
18h00 , Cinéma Nova ( Voir les accès et tarif )

La projection sera suivie d’un débat sur la représentation de l’abattage animal au cinéma. Autrefois représenté par des gravures, photos, peintures, films, sa représentation est aujourd’hui moins évidente. Entre débauche d’hémoglobine, découpe clinique, plan serré sur des parties anatomiques, le corps de l’animal et le corps du travailleur disparaissent-il ? Quel rapport à la mort animale ? Quel regard sur le travail des abatteurs ? Pour en débattre avec nous : la réalisatrice Manuela Frésil, un travailleur des abattoirs d’Anderlecht et Anne-Helène Delavigne, ethnologue (CNRS – Museum national d’histoire naturelle, France), qui a mené des travaux sur la filière viande, la mutation des savoir-faire et les représentations sociales et artistiques des métiers de la viande.
En collaboration avec Forum Abattoir : www.forum-abattoir.org

Entrée du personnel

Manuela Frésil, France, 2011

Il existe différents types d’abattoirs et différentes manières de filmer ce qui s’y passe. Quelques années après avoir réalisé “Si loin des bêtes”, un documentaire sur l’élevage porcin industriel, la cinéaste et philosophe Manuela Frésil a choisi de poser sa caméra dans un abattoir industriel, pour s’intéresser aux conditions de travail des ouvriers et à leur rapport à la mort. Un lieu caché, loin de tout, au bout d’une zone industrielle, où le travail commence dans l’obscurité de la nuit. Des bruits et des odeurs de mort. Une cadence soutenue. Des gestes répétitifs dictés par la mécanisation des chaînes de découpe ou d’emballage de la viande. Des exigences croissantes de productivité. La situation absurde d’une surproduction dictée par les délocalisations et les pressions de la grande distribution. Des douleurs physiques, des articulations qui lâchent et des nerfs qui craquent. L’usure bien avant l’âge de la retraite. La crainte du licenciement. Des témoignages et des récits de vie de travailleurs à la recherche d’une “vie normale”, s’étonnant parfois d’effectuer encore ce travail dans lequel ils pensaient ne faire qu’un court passage. Et les questionnements de la réalisatrice, qui parvient avec brio à contourner l’apparente impossibilité de montrer ce travail et ses conséquences sur les ouvriers.

Dans ma tête un rond point C’est quoi ce travail ?
21h00 , Cinéma Nova ( Voir les accès et tarif )

Dans ma tête un rond point

Hassen Ferhani, Algérie, France, 2015

Réalisateur ancré dans son territoire, Hassen Ferhani filme Alger. Ici il s’installe dans un abattoir en pleine ville. Mais de la fonction d’un abattoir, Hassen Ferhani montre peu, à peine quelques bêtes écorchées aux détours d’un cadre, un taureau fougueux et résistant qui ne veut pas avancer ou un chat détrousseur d’intestins...Ce qu’il capte, longuement, dans des plans le plus souvent fixes ou portés par une tranquille lenteur, ce sont les espaces alentours, la cour, une rue, un terrain vague ou des locaux immenses, vides, suspendus à la fonction qui les attend. En laissant les bêtes hors champ, Ferhani s’éloigne délibérément de la mécanique du travail. Dans ces moments suspendus, il va recueillir la parole de quelques hommes, leurs liens, leurs rêves, leurs souffrances, loin des fonctions qu’ils occupent dans ces lieux. Dans ce huis-clos lent et tendre, qui s’offre des échappées presque oniriques, l’abattoir devient l’espace à partir duquel, au loin, se dessine un pays, la scène close que seul les liens d’amitiés et l’imaginaire ouvrent à l’ailleurs et aux possibles, l’espace que des hommes, coincés dans leur dure vie de labeur, franchissent en rêvant, désirant, partageant.

27 avril Visite : abattoirs d’Anderlecht Abattoirs et métiers de la découpe
14h00 ,

En parallèle à la journée consacrée aux abattoirs, Plan B (le rendez-vous urbain du Nova) et l’association Forum Abattoir vous proposent une visite guidée du site de l’abattoir d’Anderlecht (et non de la chaîne d’abattage, semi-industrielle en l’occurrence). Celui-ci, l’un des derniers en Europe à se situer au cœur du tissu urbain, accueille également le plus grand marché alimentaire de Bruxelles. L’occasion de réfléchir sur le devenir de ce site et sur l’intérêt de maintenir un abattoir en ville.

Participation gratuite mais réservation indispensable : info@forum-abattoir.org